La tourelle Mougin modèle 1876 est la première tourelle Française mise au point par la commission des cuirassements et le Commandant Mougin. Elle est conçue d’après les premières réalisations de Schumann, de Coles et d’Ericsson pour résoudre les problèmes des faibles champs de tir que possèdent les casemates d’artillerie blindées comme la casemate Mougin de 155L. Son rôle est le même que cette dernière. Elle surveille les passages obligataires où une armée ennemie pourrait amener des pièces de siège.

La tourelle se compose de plusieurs parties et de 2 étages minimum:

· La partie visible de la tourelle comporte une coupole en fonte dure ayant une forme de bol retourné, qui mesure 6 mètres de diamètre et 1m50 de haut. Elle se compose de 4 voussoirs de 21 tonnes de 60 cm d’épaisseur, et d’une calotte de 11 tonnes et 20 cm d’épaisseur.

· L’étage supérieur est composé d’un local en maçonnerie de 8m50 de diamètre supportant une avant cuirasse composée de 4 voussoirs de 21 tonnes encastrés dans une collerette de béton. Ce local est équipé d’un monte obus facilitant le transport des munitions entre les étages et d’une chambre de tir métallique de 6 mètres de diamètre, supportant la coupole. Cette chambre pèse 40 tonnes et mesure 2 mètres de haut. Elle possède un armement de 2 canons de 155 long de Bange modèle 1877 qui sont montés sur 2 affûts St Chamond modèle 1881, à frein et à hausse hydraulique. Ce qui permet le réglage en hauteur des pièces allant de -5° à + 20° pour tirer des obus à une distance maximale de 7500 mètres. Chaque pièce avec affût et châssis compris pèse 11,7 tonnes. La résonance du tir des pièces est réduite par des panneaux qui entourent la chambre de tir. Cet ensemble repose sur un pivot relié par 14 poutres horizontales à une couronne annuaire équipée de 16 galets. Ces galets sont placés à égale distance sur un rail circulaire pour faciliter la rotation de la tourelle.

· L’étage intermédiaire où l’on trouve le mécanisme de rotation permet de faire tourner la tourelle par le biais d’un treuil à bras entraînant une chaîne sans fin qui entoure la chambre de tir en passant à travers la voûte qui sépare les deux étages. Ce treuil est équipé d’un pignon baladeur permettant deux vitesses de rotation : une lente effectuant un tour en trois minutes et une rapide en une minute. Cette rotation n’est possible qu’après avoir comprimé un vérin hydraulique à 200 bars à l’aide d’une pompe qui envoie de l’eau mélangée à de la glycérine pour soulager le pivot de 90% et les galets de 10% de la masse totale avoisinant les 180 tonnes. Cette manœuvre facilite la rotation actionnée par 18 hommes qui se relaient en 3 équipes de 6 hommes pour tourner le treuil.  Ils seront  remplacés à partir de 1883  par une machine à vapeur Hermann et Lachapelle de 3 ou 4 CV. Cette machine qui fonctionnait au charbon se trouve souvent à l’étage inferieur. Elle permettait par le biais d’une courroie d’entrainer le mécanisme de rotation que l’on réglait en pratique à un tour en deux minutes. Ce qui laissait le temps aux artilleurs de recharger et de régler les pièces avant le prochain tir.

· La tourelle devait toujours être en mouvement pour protéger ses embrassures après son tir. Celui-ci s’effectuant grâce à une mise à feu électrique alimentée par deux batteries qui permettent un pointage précis. Les deux pièces chargées, le chef de la tourelle n’a plus qu’à déplacer le curseur sur la circulaire devant la graduation correspondant à l’objectif. La tourelle étant en rotation, le contacteur vient toucher à un moment le curseur, qui envoie une décharge électrique aux étoupilles déclenchant la mise à feu des deux pièces.

Au départ, ce type de tourelle est placée au sommet du fort pour augmenter sa portée de tir, mais trop facilement repérable de part sa position, on choisira de la placer dans la rue du rempart à la place d’une pièce d’artillerie pour la dissimuler aux yeux de l’ennemi, quitte à réduire son angle de direction de tir.

Son coût élevé de 205 000 Fr or, sans armement ni substruction, n’a permis de construire que 25 exemplaires en France, qui seront essentiellement placés dans des forts d’arrêt et de rideau (10 sont installés en Loraine). Ce cuirassement est fabriqué en grande partie chez Chatillon-Commentry à Montluçon.

Après 1885, les tourelles Mougin paraîtront obsolètes suite à la crise de l’obus torpille. Mais, on effectuera quand même des expériences, en 1901, au fort de Pagny la Blanche Côte, pour tester leur résistance aux nouveaux obus. Les résultats montreront, que malgré quelques inconvénients, ce cuirassement reste intéressant. Ainsi, les chaudières devenues archaïques de part la fumée noire qu’elle dégage et leurs cheminées apparentes ne devront plus être utilisées et certaines tourelles seront renforcées ou abaissées pour résister aux nouveaux obus et les masquées aux yeux de l’ennemi.

En 1914, sur les 25 tourelles en place, 5 sont renforcées ou abaissées, 2 se situent dans des ouvrages déclassés (forts d’Hirson et de Pagny la Blanche Côte). Les autres n’ont pas été modifiées, elles sont en état de fonctionnement et certaines participeront aux combats.

Les deux tourelles du fort de Manonviller tireront lors de l’attaque du fort, mais elles seront détruites le 25 et 26 août 1914 par des obus de 210 ou de 305 mm. Même chose pour les tourelles des forts du Boussois et de Cerfontaine à Maubeuge qui ouvriront aussi le feu avant d’être décalottées au niveau de la coupole ou percée au niveau de béton le 31 août 1914. La tourelle d’Hirson ne combattra pas mais elle sera détruite par les allemands pendant la guerre.

Les tourelles n’ayant pas été détruites pendant la première guerre mondiale étaient susceptibles d’être en état de fonctionnement en 1940. C’est le cas de la tourelle Mougin de Longchamp qui sera armée pendant la bataille mais le commandant du fort préfèrera ne pas l’utiliser à cause des bombardiers qui passaient régulièrement.

Les deux tourelles du fort de Giromagny ouvriront le feu sur un convoi de chars, avant d’être ferraillées en 1941.

Restent celles du fort du Barbonnet à Nice qui seront utilisées après un incident de tir dans un bloc Maginot. Elles tireront près de 170 coups avec succès sur les italiens qui se retireront.

Tourelle Mougin modèle 1876 - 25 cuirassements installés en 1914

La tourelle Mougin modèle 1876 en fonte dure

Une des tourelles Mougin à sa sortie d’usine.

Archive des Etats Unis d’Amérique

La tourelle Mougin du fort du Barbonnet.

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La tourelle Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet.

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La tourelle Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet.

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La tourelle Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet.

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La tourelle Jeanne d’Arc du fort du Barbonnet.

Cliché VAUBOURG Cédric

La tourelle du fort de Villey le Sec. Cliché VAUBOURG Cédric

La tourelle du fort de Villey le Sec. Cliché VAUBOURG Cédric

La tourelle du fort de Villey le Sec. Cliché VAUBOURG Cédric

La tourelle Bayard du fort du Barbonnet.

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Détail de la Machine à vapeur du fort de Domont. Cliché VAUBOURG Cédric

Détail de la Machine à vapeur du fort de Domont. Cliché VAUBOURG Cédric

Le mécanisme hydraulique de l’affût (Villey le Sec). Cliché VAUBOURG Cédric

Le manomètre du pot de presse. (Villey le Sec)

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Détail de l’affût (Villey le Sec). Cliché VAUBOURG Julie

L’arrière des deux pièces de la tourelle au fort de Villey le Sec.

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La pompe hydraulique (Villey le Sec).

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L’étage inférieur( Villey le Sec).

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Le contacteur de mise à feu sur la circulaire

(Villey le sec).

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Détail du monte charge de la tourelle (Villey le Sec). Cliché VAUBOURG Julie

La tourelle Mougin du fort de Stains.

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La tourelle Mougin du fort de Frouard.

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La tourelle Mougin du fort de Frouard.

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La tourelle Mougin du fort de Vaujours. Tous droits réservés

La tourelle Mougin du fort de Vaujours.

Tous droits réservés

Détail de la mise à feu de la tourelle du fort de Frouard. Cliché VAUBOURG Julie

L’étage inférieur du fort de Villey le Sec.

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La tourelle de fort de Domont. Cliché VAUBOURG Cédric

La tourelle Mougin du fort de Domont. Cliché VAUBOURG Cédric

Vestiges de la tourelle Mougin du fort de Liouville.

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La tourelle Mougin du fort de Manonviller.  Coll. Lionel PRACHT

La tourelle Mougin du fort d’Hirson en 1914.  Coll. Lionel PRACHT

La tourelle Mougin du fort de Montfaucon Coll. Lionel PRACHT

La tourelle Mougin du fort de Giromagny en 1943.

 Coll. Lionel PRACHT

Les deux tourelles du fort de Giromagny en 1940. 

Coll. Lionel PRACHT

La tourelle Mougin du fort du Parmont en 1940. 

Coll. Lionel PRACHT

La tourelle Mougin du fort de Longchamp en 1940. 

Coll. Lionel PRACHT

La tourelle Mougin du fort de Cerfontaine en 1914.  Coll. Lionel PRACHT

La tourelle non identifiée en 1940. 

Coll. Lionel PRACHT

Place fortes

Villes

Forts ou

ouvrages

Constructeurs

Construction

Etat

aujourd’hui

A

Belfort

Fort de Giromagny

Chatillon-Commentry

1879

Ferraillée par les Allemands en 1943

B

Belfort

Fort de Giromagny

Chatillon-Commentry

1879

Ferraillée par les Allemands en 1943

C

Epinal

Fort de Longchamp

Chatillon-Commentry

1880

Ferraillée par les Allemands en 1943

D

Remiremont

Fort du Parmont

Chatillon-Commentry

1880

Ferraillée par les Allemands en 1943

E

Paris

Fort de St Cyr

Chatillon-Commentry

1881

En place sans canons

F

Toul

Fort de Lucey

Chatillon-Commentry

1881 - 1882

Ferraillée par les Allemands en 1943

G

Toul

Fort de Villey le Sec

Chatillon-Commentry

1882

En place avec ses canons visitable

H

Lunéville

Fort de Manonviller

Chatillon-Commentry

1882 - 1883

Dynamitée par les Allemands en septembre 1914

I

Lunéville

Fort de Manonviller

Chatillon-Commentry

1882 - 1883

Dynamitée par les Allemands en septembre 1914

J

Paris

Fort de Vaujours

Chatillon-Commentry

1883

En place sans affuts et sans canons

K

Paris

Fort de Villeneuves St Georges

Chatillon-Commentry

1883-1884

Ferraillée en 1947 reste l’avant cuirasse et les voussoirs

L

Besançon

Fort de Montfaucon

Chatillon-Commentry

1883 - 1885

Ferraillée par les Allemands en 1943

M

Nancy

Fort de Frouard

Chatillon-Commentry

1883 - 1885

En place avec ses affuts sans ses canons

N

Commercy

Fort de Liouville

Chatillon-Commentry

1883 - 1885

Détruite pendant la première guerre mondial, reste d’importants vestiges

O

Trouée de Charmes

Fort de Pagny-la-Blanche Côte

Chatillon-Commentry

1884 - 1886

Ferraillée dans les années 30, avait subi les tirs d’expérience de 1901

P

Lyon

Fort de Corbas

Chatillon-Commentry

1884 - 1886

En place avec sa machine et ses affuts, manque les canons

Q

Lille

Fort de Bondues

Chatillon-Commentry

1884 - 1886

Ferraillée en 1955

R

Maubeuge

Fort de Boussois

Chatillon-Commentry

1884 - 1886

Détruite par les bombardements en  1914

S

Nice

Fort du Barbonnet

Chatillon-Commentry

1886 -1887

En place restaurée avec ses canons qui viennent du fort de Frouard

T

Nice

Fort du Barbonnet

Chatillon-Commentry

1886 -1887

En place  sans canons en bon état

U

Nancy

Fort de Pont St Vincent

Chatillon-Commentry

1886 -1887

Ferraillée par les Allemands en 1943

A’

Maubeuge

Fort de Cerfontaine

Schneider

????

Détruite par les bombardements en  1914

B’

Hirson

Fort d’Hirson

Schneider

????

Démontée par les allemands en 1914

C’

Paris

Fort de Domont

Schneider

????

En place  sans canon

D’

Paris

Fort de Stains

Schneider

????

En place  sans canon