La casemate Mougin pour un canon de 138 est le premier cuirassement que la France va installer dans ses fortifications. Elle est conçue par le Commandant Mougin en 1875, qui aura l’autorisation du ministre pour en produire 4 exemplaires. Ils seront tous placés après 1877 dans trois forts du rideau défensif de la Haute Moselle (N°1 et 2 au fort d’Arches N° 3 au fort du Parmont et N° 4 au fort de Château Lambert).

 

L’implantation de ces casemates s’effectue dans les régions difficiles de montagne pour surveiller des passages stratégiques où l’on juge difficile qu’une armée ennemie puisse amener des pièces de siège, comme les canons de 120, de 155 ou les mortiers de 220 mm.

La casemate est construite en béton et en maçonnerie, elle possède un cuirassement qui comporte :

· 1 plaque d’embrasure en fer laminé de 7 tonnes, mesurant 4 mètres de large, 1m60 de hauteur et 15 cm d’épaisseur. Elle est percée d’une embrassure ayant comme dimensions 88x52 cm.

· 1 bride en fer laminé de 1,5 tonnes mesurant 4 mètres de largeur, 32 cm de hauteur et 15 cm d’épaisseur. Elle est fixée sur la plaque de l’embrasure par 4 rivets de 10cm de diamètre pour supporter un des tourillons de l’axe du disque obturateur.

· 1 disque obturateur d’embrasure en fer laminé de 4 tonnes, mesurant 1m86 de diamètre et 20 cm  d'épaisseur. Il est percé de deux ouvertures diamétralement opposées, qui tournent autour d’un axe de 20 cm de diamètre, équipé de deux tourillons de 15cm de diamètre à chaque extrémité. La manœuvre du disque s’effectue grâce à un treuil à main placé au rez-de-chaussée de la casemate. Ce qui permet d’un quart de tour de fermer l’embrasure pour la protéger des coups directs après le tir de la pièce.

· 1 plaque de toiture en fer laminé de 3 tonnes, d’une longueur de 1m20 et de 5m12 de large. Elle protège la voûte de la casemate où l’épaisseur de terre est la moins haute.

· L’embrasure est protégée des coups obliques par deux orillons en tôle remplis de béton et l’ensemble de la casemate est recouvert d’une épaisse couche de terre pouvant résister à des obus de 95 mm.

Son armement se compose d’un canon de 138 de Reffye monté sur un affût Tarbes type I n°2 à frein et à châssis hydraulique et à tourillonnement et à pivotement autour de la bouche. L’affût avec la bouche à feu sur sa plateforme pèse au total près de 6675 kg. Il pouvait manœuvrer horizontalement sur un angle de tir de 60° et verticalement sur un angle allant de - 5 à + 15°. Ce qui permettait de tirer des obus de 23 kg à une portée maximale de 4800 mètres.

Un projet de 1875 prévoyait de construire une casemate du même type beaucoup plus grosse contre le canon de siège avec comme armement un canon de 19 de marine. Ce projet ne sera pas retenu au profit de la casemate Mougin en fonte dure contre le canon de siège armée d’un canon de 155 long.

 

L’évolution des casemates jusqu’à la Grande Guerre

 

Fort d’Arches

En 1900, les tirs de la tourelle Galopin de 155L du fort d’Arches perturbent le bon fonctionnement des deux casemates qui ne peuvent plus être utilisées. Elles seront démontées et les morceaux de cuirassements resteront pendant plusieurs années sur les glacis du fort. En 1902, les plaques de toitures des deux casemates seront envoyées au fort de Dugny à Verdun pour renforcer l’observatoire cuirassé de la tourelle de 75  qui se situe près du fossé. Les restes des morceaux de cuirassements des deux casemates, soit près de 37,26 tonnes de ferraille, resteront sur les glacis du fort jusqu’en 1911.

En 1912, les morceaux restants serviront à une expérience. Il s’agit d’essais de résistance sur le fer laminé avec de la mélinite. Ils seront vendus ensuite au domaine.

 

Fort du Parmont et de Château-Lambert

En 1908, les canons de 138 des deux dernières casemates (au fort du Parmont et au fort de Château Lambert )seront remplacés par des canons de 120 long ayant une meilleure portée de tir.

Ces deux casemates présentes à la veille des deux conflits n’ont connu aucune épreuve du feu. Celle du fort du Parmont a été dynamitée en 1943 par l’occupant, qui y laissera d’importants vestiges. Seule, la casemate du fort de Château Lambert existe encore, mais elle ne possède plus son armement, ni son affût. L’extérieur de la casemate est recouvert de végétation.

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1. Pièce de 138

2. Affût hydraulique

3. Plaque d’embrasure en fer laminé

4. Bride en fer laminé

5. Disque obturateur d’embrasure

6. Plaque de toiture en fer laminé

7. Orillon en tôle remplit de béton

8. Treuil à main

La circulaire de la casemate en fer laminé du fort de château Lambert.

Cliché VAUBOURG Cédric

Détail du verrou de la casemate Mougin du fort de Château-Lambert.

Cliché VAUBOURG Julie

La casemate Mougin en fer laminé de 138 puis de 120L contre le canon de campagne

La casemate en fer laminé du fort de château Lambert.

Cliché VAUBOURG Cédric

La casemate en fer laminé du fort de château Lambert.

Cliché VAUBOURG Cédric

La casemate Mougin de 138 du fort du Parmont en 1940.

Coll. Lionel PRACHT

Le canon de 120 dépassant de la casemate Mougin  de 138 du fort du Parmont en 1940. Coll. Lionel PRACHT

Détail du verrou de la casemate Mougin du fort de Château-Lambert.

Cliché VAUBOURG Julie

La casemate Mougin du fort de Château-Lambert.

Cliché VAUBOURG Julie

La casemate Mougin du fort de Château-Lambert.

Cliché VAUBOURG Julie