Les tourelles Mougin vont perdre de leur valeur à partir de 1884 avec l’arrivée des obus en acier au chrome qui sont capables de fragiliser les blindages en fonte. La crise de l’obus torpille n’arrange pas les choses, elle marque la fin de l’installation des cuirassements en fonte dure en 1888.

De plus, cette tourelle d’une taille non négligeable et difficile à dissimuler, elle est souvent placée aux sommets des ouvrages.

En 1888, les expériences au Camp de Chalon montrent que les tourelle à éclipse en acier résistent très bien aux nouveaux obus, mais ces tourelles coûtent très cher jusqu’ 4 fois le prix d’une vieille Mougin. Les crédits étant peu disponibles, on cherche à trouver une solution pour améliorer notre vieux matériel qui est déjà en place.

En 1886, le Commandant Mougin propose, suite aux expériences de Bucarest, de remplacer la coupole en fonte dure par une calotte en fer Laminé du même genre que la tourelle St Chamond installée au fort St Michel à Toul. Mais ce projet d’un coût de 103 000 Fr or ne sera pas retenu.

En 1890, on décide de tester la résistance d’une tourelle Mougin en faisant exploser des obus à Mélinite posés sur la tourelle du fort de St Cyr à Paris. Mais cette expérience qui parait peu réaliste ne sera pas convaincante.

Il faut attendre 1901 et une nouvelle expérience à tir réel qui à lieu sur la tourelle du fort de Pagny-la Blanche-Côte au sud de Toul.

Ces essais sont effectués avec un obusier de 155 C et un mortier de 220 qui tirent à plusieurs reprises sur la tourelle pour tester sa résistance. Ils montrent que la machine à vapeur est rapidement mise hors service même si elle continue à signaler la position de la tourelle avec sa fumée noire. Le bombardement désorganise la collerette et l’avant cuirasse, il rend aussi la vie impossible dans la chambre de tir à cause des gaz toxiques.

Pourtant ce type de cuirassement résiste à l’épreuve, il reste intéressant mais il faut apporter quelques modifications pour le mettre à jour.

 

La solution la moins coûteuse sera d’installer dans une majorité des tourelles un bouclier au niveau des embrasures et un système de ventilation dans la chambre de tir. Les machines à vapeur seront retirées ou plus utilisées. Elles seront remplacées après 1910 dans les forts électrifiés par un moteur électrique de 2500 watts.

 

Dans les forts prioritaires, on renforce la tourelle en remplaçant le puits en maçonnerie par un puits en béton armé et on consolide l’avant cuirasse avec une jupe conique de rails. Quand la tourelle est placée au sommet de l’ouvrage, on la rabaisse d’un étage d’une hauteur de 3 à 5 mètres pour la placer dans une cuvette qui la dissimule aux yeux de l’ennemi et qui la protège des coups directs. Mais ces modernisations nécessitent de démonter complètement la tourelle pour la placer dans son nouveau puits. Le coût total des travaux est de 140 000 Fr or pour un renforcement et un abaissement de tourelle.

 

 

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Fort de Frouard 2008. Cliché VAUBOURG Cédric

La chambre de tir et son vestige de ventilation.

Cliché VAUBOURG Cédric

La jupe de rail dans la tourelle du fort de Liouville.

Cliché VAUBOURG Cédric

La tourelle Mougin du fort de Pont-St-Vincent en 1940.

Coll. Lionel PRACHT

Vestiges du mécanisme de rotation de la tourelle du fort de Liouville.

Cliché VAUBOURG Julie

Détail de la jupe de rail conique sous l’avant cuirasse . Fort de Frouard

Cliché VAUBOURG Julie

La tourelle Mougin du fort de Frouard dans sa cuvette.

Cliché VAUBOURG Julie

Détail de la jupe conique sous l’avant cuirasse au fort de Frouard. Cliché VAUBOURG Cédric

Détail du bouclier au niveau des embrassures et du système de ventilation. Fort de Frouard Cliché VAUBOURG Cédric

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La tourelle Mougin modèle 1876 renforcée et rabaissée

Inventaire des tourelles Mougin modernisées

 

· Fort de Pont St Vincent renforcée et abaissée de 3m62 en 1903-1905

· Fort de Frouard renforcée et abaissée de 3m62 en 1903-1905

· Fort de Liouville renforcée  en 1907-1910

· Fort du Barbonnet renforcement partiel en 1913-1914, les travaux reprendront de 1929 à 1934.

 

Après 1909, des projets prévoient le renforcement ou l’abaissement de 9 autres tourelles dans les forts de:

· Longchamp, la tourelle devait être renforcée et abaissée après les travaux de la batterie cuirassée de 2 tourelle de 155 C

· Manonviller, les deux tourelles auraient du être renforcées mais on préfère ne pas désarmer le fort à la veille d’une guerre de plus en plus imminente.

· Villey le Sec, la tourelle devait être renforcée et abaissée après les travaux  de la batterie cuirassée de 2 tourelle de 155 C

· Lucey, la tourelle devait être renforcée et abaissée

· Giromagny, les deux tourelles auraient dû être renforcées et abaissées après la fin des modernisations du Fort Lachaux

· Boussois et Cerfontaine, les deux tourelles auraient du être renforcées, les travaux auraient dus commencer fin 1914 début 1915

 

Au total, il n’y aura que trois tourelles qui seront complètement renforcées en 1914, 2 qui seront en travaux, les autres resteront dans leurs état d’origine.