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Expériences de la Malmaison

Les expériences de tir sur le fort de la Malmaison, exécutées du 11 août au 25 octobre 1886, ont été organisées et suivies par une délégation des Sections techniques de l'Artillerie et du Génie. Elles n'ont comporté que des tirs d’obusier de 155C et de mortier de 220, seules bouches à feu pour lesquelles on disposait, alors, d'obus allongés donnant satisfaction. Le nombre des coups tirés a été de 242 (167 de 155 et 75 de 220) grâce à des tables de tir sommaires qui avaient été établies préalablement à cet effet par la Commission de Bourges.

Le but des expériences était de se rendre compte, au plus tôt, des effets à attendre des nouveaux projectiles sur les éléments existant de la fortification et sur leurs abords. Dans ce but, on a procédé à des éclatements au repos, à des relevés, sur le sol, des gerbes d'éclats donnés par des éclatements d'obus après ricochet, à des tirs sur le sol et sur des abris voûtés, ainsi que sur les escarpes et contrescarpes.

On a étudié, enfin, les effets de pénétration des obus allongés dans les terres.

Les effets d'éclatement au repos ont montré qu'à part quelques très rares gros éclats, lancés parfois à plusieurs centaines de mètres, la presque totalité des éclats à une zone d'action relativement réduite.

Les relevés des gerbes données par les éclatements après ricochets, ont fourni une première idée de la répartition des éclats: ceux-ci sont projetés normalement à la surface du projectile; d'où une gerbe d'ogive, une gerbe perpendiculaire au grand axe de l'obus et une gerbe de culot.

On a pu également constater la grande vitesse des éclats en mesurant leur enfoncement dans la maçonnerie à la suite de l'éclatement d'un obus dans la cour des casernements du fort; lors de cet éclatement, une fenêtre, blindée en rails de chemin de fer, à 5 mètres de l'entonnoir, a eu un rail nettement coupé et onze autres traversés. Des madriers de 0,10, à 25 mètres de l'éclatement, ont été percés.

L'action sur les terres a été étudiée par des explosions au repos de charges de mélinite, d'une douzaine et d'une trentaine de kilogrammes, soit en obus de 155 et de 220, soit en pétard et par des tirs de 155 et de 220.

Dans les explosions au repos, lorsque la ligne de moindre résistance était supérieure à 3 mètres pour la charge d'une douzaine de kilogrammes, il ne se produisait pas d'entonnoir, les terres étant simplement boursoufflées et crevassées. Quand il y avait entonnoir, ce dernier était d'environ 4 mètres de diamètre.

La charge d'une trentaine de kilogrammes a donné des résultats analogues, le chiffre de 3 mètres pour la ligne de moindre résistance étant remplacé par 4 mètres environ et le diamètre de l'entonnoir étant porté à 5 mètres environ.

Dans les tirs du mortier de 220, les obus n'ayant, lors de l'éclatement, qu'une pénétration verticale inférieure à 4 mètres, il y a toujours eu entonnoir, alors que les tirs du 155C en ont rarement donné. On a  trouvé que, pour l'obus de 155, destiné à agir comme une mine, la ligne de moindre résistance  de limite de son action est de 2m 10.

Avec des tirs à 45 degrés du 155, avec retard, un tiers des coups seulement a donné des entonnoirs; dans le tir sans retard, au contraire, un coup seulement sur 12 n'en a pas donné. Avec le 220, il y a toujours eu entonnoir, même dans le tir avec retard.

L'action sur les maçonneries a été étudiée suivant les mêmes principes. Les effets des obus tirés ont été supérieurs à ceux des pétards contenant la même charge.

Un obus de 155 a crevé, suivant un cercle de 3 mètres de diamètre, une voûte de 0m 80 d'épaisseur, dont il était séparé par un matelas de terre de 1m 70.

Un piédroit de 0m 80 d'épaisseur a été disloqué par l'éclatement d'un obus de 155, dont il était séparé par un matelas de terre, de 5 mètres d'épaisseur.

Naturellement, les effets du 220 ont été encore plus grands: les voûtes de 1 mètre d'épaisseur ne lui ont pas résisté, même avec un matelas de terre de 1m 50 d'épaisseur.

En poussant au vide, c'est-à-dire en faisant éclater l'obus près de la face intérieure du mur de revêtement, un seul obus de 155 a pu faire une brèche de 4m 50 de large, et un obus de 220, une brèche de 7 mètres.

 

Ces divers résultats fournissaient une base pratique pour le remaniement des ouvrages existants, que le progrès considérable réalisé par l'Artillerie rendait nécessaire. Ils montraient, en outre, que la maçonnerie ordinaire ne convenait plus à la fortification future. Ils ont été confirmés et complétés par les expériences suivantes, exécutées à Bourges.

 

Expériences de Bourges contre des ouvrages de fortification

Ces expériences ont été exécutées, du 13 décembre 1886 au 4 mai 1887, par une « Commission spéciales, organisée en octobre 1886. Elles ont porté sur six abris de fortification, les uns en béton, les autres en moellons, construits sur le polygone de Bourges, suivant les propositions de la « Commission de révision de l'Instruction du 9 mai 1874 ». Près d’un millier de coups de divers calibres, à raison d'un tiers en obus ordinaires et de deux tiers en obus allongés ont été tirés. La Commission spéciale a conclu comme il suit: les abris ne doivent plus être construits en moellons, mais en béton, et la terre doit être remplacée par du sable. Le second rapport sommaire de cette Commission donne, à l'appui de cette conclusion, des renseignements détaillés sur les effets des divers coups tirés à Bourges.

La Commission de Bourges, a, en outre, exécuté des tirs sur des bétons à divers dosages et sur des plaques en fer et en acier. Les deux Notes qu'elle a établies sur ces essais sont examinées dans une lettre du Président du Comité du 5 mars 1889. Ces essais complémentaires ont essentiellement confirmé les conclusions des essais de Châlons.

 

 

Expériences des forts de Saint-Cyr et de bois d'Arcy.

Ces expériences, exécutées à la fin de l'année 1887, ne concernent que très partiellement les effets des obus explosifs, mais elles intéressent, toutes, l'Artillerie, et c'est à ce titre qu'elles sont résumées ici, dans leur ensemble. Leur but était d'étudier l'enfument des locaux, les moyens d'en assurer  la ventilation, l'habitabilité de ces locaux par des êtres vivants, au cours d'éclatements d'obus explosifs au contact, et, plus particulièrement, dans les expériences de Bois d'Arcy, l'efficacité à attendre du canon-revolver et du canon de 12 culasse contre les ponts volants jetés sur le fossé. Contre ces objectifs, le canon-revolver s'est montré le plus efficace en raison de la rapidité de son tir.

En ce qui concerne l'enfumement, les conclusions ont été de pousser activement la mise en service de la poudre B au point de vue du pointage des pièces.

 

A partir de 1881, différentes expériences, réalisées en Allemagne et dans le reste de l’Europe sur des fortifications, confirmeront les dégâts causés par les nouveaux obus.

 

 

Extrait du Général J. Challéat. L'Artillerie de terre en France pendant un siècle 1816 - 1919

Les expériences de 1886-1887 au fort de la Malmaison, au polygone de Bourges et au fort de Saint-Cyr

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