Le fort de Souville est construit au Nord de la place en rive droite de la Meuse, sur une colline à 390 mètres d’altitude en arrière des forts de Vaux et Douaumont. A sa construction, l’ouvrage est considéré comme une redoute qui prendra l’appellation de fort après l’éloignement de la ligne de défense.

Sa mission est de surveiller les moyens de communication venant de Metz et les intervalles partant de l’ouvrage de Froideterre au fort de Tavannes. Cet emplacement très stratégique lui permettra de recevoir après la crise de l’obus Torpille, une batterie cuirassée extérieure non reliée au fort équipée de la première tourelle à éclipse. Cette tourelle expérimentale de type Bussière ne sera produite qu’a 1 exemplaire, elle avait été testée au camp de Châlon en 1888 en même temps qu’une tourelle tournante la Saint-Chamond qui sera installée au fort du Saint-Michel à Toul.

L’armement du fort à la veille de la Grande guerre

 

Pièces de rempart du fort

4 canons de 90 sur affût SP approvisionnés à 600 coups/pièce

2 mortiers lisses de 15 en réserve approvisionnés à 300 coups/pièce

 

Cuirassements et casemates

1 tourelle Bussière pour pièces de gros calibre sur la batterie annexe 8-2 armée de 2 canons de 155 long approvisionnés à 2000 coups.

 

Défense des fossés

1 caponnière double armée de 2 canons révolver approvisionnés à 1800 coups/pièce et de 2 canons de 12 culasse approvisionnés à 150 coups/pièce.

3 caponnières simples armées chacune d’1 canon révolver approvisionné à 1800 coups et d’1 canon de 12 culasse approvisionné à 150 coups.

 

Total 16 pièces d’artillerie

 

Les différents éléments extérieurs à proximité du fort en 1914

 

Batterie d’artillerie

La batterie d’artillerie 8-1 armée de 4 canons de 90 sur affût SP

La batterie d’artillerie 8-3 armée 4 canons de 90 sur affût de campagne

La batterie d’artillerie 8-4 est une batterie de renforcement non armée

 

Ouvrages d’infanterie

Aucun

 

Abris de combat et abris cavernes

Aucun

Dépôts intermédiaires

Dépôt intermédiaire B de Souville construits vers 1891

Dépôt intermédiaire C de Souville construits vers 1891

 

Magasins de secteur

Pas de magasin de secteur

Projet de modernisation

 

· Aucun projet de modernisation après 1890

 

Modernisations

 

· 1879 Construction d’une batterie d’artillerie annexe. Coût des travaux 17 838 Frs

· 1880 Construction d’une batterie d’artillerie annexe. Coût des travaux 2 289 Frs

· 1883-1885 Agrandissement du casernement, des locaux de l’artillerie, construction d’un magasin à poudre d’une capacité de 78 tonnes de poudre noire et d’un corps de garde extérieur d’un coût de 160 000 Frs

· 1890-1898 Construction d’un abri caverne pouvant recevoir 300 hommes, renforcement du magasin à poudre modèle 1874 avec une carapace de béton spécial. Coût des travaux 510 394 Frs.

· 1889-1890 Connexion au réseau de voie de 60

· 1890 Installation d’un réseau de fils de fer autour de l’ouvrage et de grilles défensives sur le mur de contre-escarpe au dessus des caponnières et à l’entrée de l’abri caverne. Coût des travaux  50 000 Frs

· 1890-1891 Construction d’une batterie cuirassée à l’extérieur de l’ouvrage pouvant recevoir 14 places couchées, elle est équipée d’une tourelle Bussière.  Coût des travaux 888 980 Frs

· 1900-1914 Aménagement du magasin à poudre renforcé en casernement bétonné d’une seule casemate.

Armement du fort et cuirassements installés entre 1878 et 1910

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Le dépôt AB de Belleville

Le dépôt BC de Belleville

Le parc à dirigeables

L’abri de combat MF1

L’abri de combat MF2

Batteries 1-1 & 1-2 Froideterre

La batterie 1-3 de Froideterre

Les retranchements Inf. & Sup.

L’ouvrage A de Froideterre

Le dépôt  D de Froideterre

L’abri caverne  de Froideterre

L’abri de combat FT1

Les retranchements X & Y

L’abri de combat FT2

L’abri de combat FT3

Le dépôt E de Thiaumont

Le fort Saint-Michel

Le dépôt A du Saint-Michel

Le magasin du Saint-Michel M1

L’ouvrage B de Thiaumont

L’abri de combat TD1

L’abri caverne de Douaumont

L’abri de combat TD2

L’abri de combat TD3

Le dépôt F de Douaumont

Le fort de Douaumont

La batterie cuirassée de 75

Le dépôt G de Douaumont

L’abri de combat DV1

L’ouvrage O de Bezonvaux

L’abri de combat DV2

La batterie 4-1 Fausse Côte

L’ouvrage de Lorient

L’ouvrage du Muguet

L’ouvrage de Josémont

L’ouvrage C d’Hardaumont

L’abri de combat DV3

Projecteur du Bois Fumin

L’abri de combat DV4

La batterie 5-3 Nez de Souville

Le fort de Vaux

Le dépôt H de Vaux

La batterie 6-1 de Damloup

L’abri de combat VLL1

La station de Tavannes

L’ouvrage D de Laufée

La batterie 6-3 Bois de Laufée

Le magasin M8 de Fleury

Le dépôt B de Souville

Le fort de Souville

La tourelle Bussière annexe

Le dépôt C de Souville

La batterie 8-5 de l’hôpital

Le dépôt I de Tavannes

La batterie 8-6 du tunnel

La batterie 6-9 de Tavannes

Le tunnel de Tavannes

Le fort de Tavannes

La batterie de Mardi-Gras

Le projecteur de Mardi-Gras

L’abri de combat LLM1

Le magasin de la Renarderie

L’abri de combat LLM2

L’ouvrage E d’Eix

Le projecteur d’Eix

La batterie 1-2 de Moulainville

Le dépôt J de Moulainville

Le fort de Moulainville

L’abri de combat MD1

L’abri de combat MD2

L’ouvrage F de Manesel

L’ouvrage de la Croix Brandier

Le magasin de Belrupt M3

Le fort de Belrupt

L’ouvrage de Déramé

L’ouvrage G de Châtillon

L’abri de combat DR1

Le dépôt K  du Rozelier

Le fort de Rozelier

Le dépôt X du Rozelier

L’abri de combat RSS1

L’ouvrage P de Jaulny

L’ouvrage des Réunis

Dépôt W de Saint Symphorien

L’abri de combat RSS2

L’ouvrage F de St-Symphorien

L’abri de combat SSH1

Le magasin d’Haudainville M4

Le fort d’Haudainville

Le dépôt T d’Haudainville

L’abri de combat HLF1

La batterie 6-6 de l’Ollier

Le fort de Génicourt

L’ouvrage de la Falouse

L’abri de combat LFD1

L’abri de combat LFD2

Le dépôt V de Dugny

Le fort de Dugny

L’abri de combat DL1

Dépôt U de Dugny-Landrecourt

L’abri de combat DL2

Le fort de Landrecourt

L’abri de combat LR1

Le dépôt L de Landrecourt

L’ouvrage I du Chapitre

Le magasin Champ de la Gaille

L’abri de combat LR2

Le fort de Regret

La batterie annexe 3-7

Batterie s 3-4 & 3-6 de Regret

L’ouvrage J de Baleycourt

Le dépôt M de Regret

L’abri de combat RS1

L’abri de combat RS2

Le fort de Sartelles

L’ouvrage K de Fromeréville

Le fort de la Chaume

Le dépôt N de la Chaume

L’abri caverne Sartelles Chana

Le dépôt Y de Chana

L’ouvrage de Chana

Le magasin de Lombut M6

L’ouvrage L de Germonville

Le dépôt O de Choisel

Le fort de Choisel

L’abri de combat CBB1

Le poste M des Bruyères

Le dépôt P de Bois-Bourrus

L’abri de combat CBB2

Le fort de Bois Bourrus

Le dépôt Z de Bois-Bourrus

L’abri de combat BBM1

Le fort de Marre

Le dépôt Q de Belle-Epine

L’abri de combat MBE1

Le magasin de Marre M7

Le poste de Belle Epine

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Après la Grande Guerre, le fort sinistré tombera dans l’oubli. Aujourd’hui, c’est une vraie ruine pleine d’histoire, placée dans la zone rouge où des tonnes d’obus sont tombés sans avoir explosés. La batterie cuirassée a conservé ses cuirassements y compris sa tourelle Bussière qui mériterait un meilleur sort.

Le massif fortifié de Souville est une propriété ONF, des sentiers touristiques y sont aménagés où l’on peut voir les parties les plus intéressantes, mais l’intérieur des ouvrages reste interdit car ils sont très dangereux par leur état de conservation.

Plus de renseignements pour le circuit touristique http://www.verdun-tourisme.com/

En 1914, le fort de Souville est un ouvrage en maçonnerie peu modernisé de première catégorie de la 6ème région  qui possède un casernement et un magasin à poudre à l’épreuve. Son armement principal est placé à l’air libre, il est renforcé par une batterie cuirassée extérieure et par 4 batteries d’artillerie.

Equipement du fort en 1914

Cliquer sur la tourelle du plan pour accéder aux photos et infos de la batterie cuirassée

L’entrée du fort après la bataille de 1916. Collection Lionel PRACHT

L’entrée du fort  après la bataille de 1916. Collection Lionel PRACHT

Les fossés après la bataille de 1916. Collection Lionel PRACHT

Vue aérienne du fort le 6 septembre 1916. Collection Lionel PRACHT

Vue sur le fort après la grande guerre. Archives US

L’entrée du fort. Cliché VAUBOURG Julie

La caponnière de gorge. Cliché VAUBOURG Cédric

Le magasin à poudre . Cliché Jean Luc KALUZKO

Le vestibule du magasin à poudre .

Cliché Jean Luc KALUZKO

La galerie de l’entrée . Cliché VAUBOURG Cédric

La galerie de l’entrée . Cliché VAUBOURG Cédric

La chambre des lampes .

Cliché Jean Luc KALUZKO

L’accès au magasin à poudre. Cliché VAUBOURG Cédric

Un magasin aux cartouches. Cliché VAUBOURG Cédric

La galerie de fusillade sous l’entrée .

Cliché VAUBOURG Cédric

Un passage couvert près du magasin à poudre . Cliché VAUBOURG Cédric

La deuxième chambre de tir au coffre double d’escarpe de gorge . Cliché VAUBOURG Cédric

Un passage couvert crevé par un obus.

Cliché VAUBOURG Julie

L’accès au coffre double d’escarpe de gorge .

Cliché VAUBOURG Julie

Vestige du mécanisme du pont levis .

Cliché VAUBOURG Julie

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La galerie de fusillade sous l’entrée du fort.

Cliché VAUBOURG Cédric

Rectangle à coins arrondis: Suite des photos

Le canon de 155L dans la chambre de tir de la tourelle. Cliché VAUBOURG Cédric

L’entrée du fort de Souville. Cliché VAUBOURG Julie

La cloche Pamart M4 du fort de Souville installée en 1917. Cliché VAUBOURG Julie

Etat du fort pendant la première guerre mondiale

Soldat René Dubois au fort de Souville devant une pièce de 155L le 2 juin 1915.

© Dominique Dubois

Soldat René Dubois au fort de Souville devant une pièce de 155L le 4 juin 1915.

© Dominique Dubois

Rôle du fort au moment de l’attaque sur Verdun

Au moment de l’attaque de Verdun, qui débuta le 21 février 1916, on compléta rapidement l’équipe de manœuvre de la tourelle.

Celle-ci entra en action et tira 5 à 600 coups de canon, entre le 24 février et le 16 mars 1916, jour où un des canons, en éclatant, détériora le mécanisme intérieur. Il ne fut pas possible à cette époque, de remettre la tourelle en état. Aussi l’éclipsa-t-on définitivement le 10 avril 1916, et mit-on des sacs à terre sur sa calotte.

Un P.C. de brigade vint s’y installer.

En septembre 1916, on essaya d’enlever le canon et les mécanismes brisés: on ne put y parvenir, car il aurait fallu enlever toute l’installation du P.C. Ce ne fut qu’en février -mars 1917, après que la tourelle ne fut plus occupée par des Etats-Majors, que l’on put commencer le déblaiement.

Au 21 février 1916, le fort de Souville n’avait plus de garnison propre. Dès que le fort de Douaumont fut tombé entre les mains de l’ennemi, Souville devint pour nous un observatoire incomparable, ayant des vues sur les pentes de Douaumont, sur la côte du Poivre, sur la crête de Froideterre-Douaumont, et dans toute la région de Fleury-Vaux.

En raison de la valeur de l’obstacle présenté par le fort de Souville, des abris qu’il fournit, de sa situation à 2.500 m des lignes ennemies, il acquit une importance considérable au point de vue de la défense du secteur.

Aussi, dès le 10 mars 1916, le général Pétain, Cdt la IIème Armée, décida-t-il de le doter d’une garnison fixe, ainsi que d’un approvisionnement de 15 jours de vivres et de munitions et de lui faire établir un plan de défense.

Le capitaine Courtielle du 143ème R.I.T. puis quelques jours après le capitaine De Waltz du 10ème Régiment de Hussards, furent désignés pour commander le fort :

Le capitaine De Waltz fut remplacé le 31 mars par le commandant Pierga du 6ème Régiment de Chasseurs.

Ce dernier, ayant été blessé et évacué, fut remplacé provisoirement le 18 avril par le commandant Gonhuerre de Longchamp du 28ème R.I.T..

Le lieutenant-colonel d’infanterie Astruc prit le 1er mai le commandement du fort. Il eut pour suppléant à partir du 24 mai le capitaine Huillard, du 7ème Régiment de Tirailleurs.

La garnison du fort fut fixée à deux Cies d’infanterie et deux sections de mitrailleuses. Par la suite, une Cie de mitrailleuses avec 8 mitrailleuses lui fut affectée. On lui envoya encore 4 nouvelles mitrailleuses le 8 juin et 4 autres quelques jours après. Ce qui porta à 16 sa dotation. Le 24 mai, on lui envoya en outre deux canons de 58 avec 150 projectiles.

La consigne de défense du fort, établie par le général Cdt le Groupement, spécifiait que le fort pouvait servir d’abri à un certain nombre d’éléments du secteur et être utilisé à ce titre par diverses troupes du groupement.

Aussi, y eut-il au fort, peu après, un P.C. de D.I. avec les Etats-Majors de l’artillerie et du Génie, des G.B.D. une Cie de renfort des troupes en secteur, etc. soit en tout; 25 officiers et 463 hommes de troupes étrangers à la garnison du fort, installés dans tous les abris sous roc et dans une partie des locaux de la superstructure.

Or, il n’y a dans l’ouvrage que trois cents places dans les abris souterrains, 312 dans le casernement non à l’épreuve et 140 dans le magasin à poudre bétonné 18.

La présence des éléments étrangers au fort forçait à ménager les munitions et les approvisionnements ainsi qu’une partie de la garnison dans les locaux non à l’épreuve et à la merci d’un bombardement un peu violent.

Les inconvénients de cette occupation ne tardèrent pas à se faire sentir : les dégâts causés par les projectiles rendirent difficilement habitables les chambres 3, 4, 5. Quelques jours après, le local 4 devenait inoccupable, le nombre des places disponibles diminuait sensiblement. Aussi, par notes des 7 et 9 mai 1916, le général Cdt l’Armée invita-t-il le général Cdt le Groupement à faire évacuer sans délai le fort de Souville par tous les éléments étrangers à la garnison, sauf cependant par les observateurs.

L’ordre ne put être exécuté qu’en partie, car on ne put évacuer les G.B.D. en raison des événements qui causaient des afflux d’éléments sanitaires tels que, à un moment, le total des occupants étrangers à la garnison, fut supérieur à 900.

L’enlèvement de ces formations sanitaires n’aurait pu se faire que s’il y avait eu aux environs des abris à l’épreuve suffisants, ce qui n’était pas le cas à ce moment.

Sur ces entrefaites, la prise du fort de Vaux (7 juin) vint créer une nouvelle situation, qui imposa des mesures urgentes pour la défense du fort de Souville. Aussi le général Cdt l’Armée, par note du 8 juin, prescrivit-il d’évacuer immédiatement le fort par tous les blessés légers et de n’y conserver que d’une façon tout à fait provisoire quelques formations sanitaires. Le commandant du fort recevait l’ordre d’augmenter sa réserve d’eau par tous les moyens possibles et de ne pas la faire consommer par les garnisons de passage.

Il devait pousser activement l’organisation de la défense intérieure de l’ouvrage. C’est qu’à cette date, le fort de Souville commençait à être près des lignes allemandes : il n’était plus qu’à 1.600 des positions ennemies de Vaux -Chapitre et qu’à 1.900m de celles du fort de Vaux. Depuis le début de l’attaque de Verdun, il avait été d’ailleurs bombardé journellement. Jusqu’au 31 mai, le minimum des coups constaté quotidiennement a été de 140 le 14 mai, et le maximum de 913 le 28 mai. Des obus de tous calibres avaient été tirés sur le fort, et entre autres des obus de 305 et de 380. Le 12 mai, il fut soumis à un bombardement d’obus lacrymogènes.

A partir du 1er juin, le nombre d’obus tombés sur le fort augmente encore, il reçoit ce jour là 1060 obus, dont un certain nombre de 380 et de 420, le 8, outre des obus de gros calibres, il reçoit aussi de nombreux obus asphyxiants. Il en fut de même le 22 juin où le bombardement fut particulièrement intense et continu (on compta 2.373 obus sur le fort) et où la garnison, très fortement éprouvée par les obus asphyxiants qui avaient occasionné la mort de plusieurs hommes et l’évacuation du lieutenant du Génie chargé du fort, abandonna définitivement les locaux non à l’épreuve de la superstructure pour se réfugier exclusivement dans le local bétonné 18 et dans les locaux souterrains. La citerne 20, à laquelle on ne pouvait plus accéder qu’au prix de grandes difficultés, avait été vidée le 18 juin au moyen d’une pompe, dans une citerne aménagée sous le local bétonné. En outre, des vivres avaient été postés dans ce local.

Pendant la période de deux mois, du 21 avril au 22 juin, le fort avait reçu environ 38.000 obus de calibres variés.

Etat du fort après les premiers bombardements

A la suite de ces divers bombardements, tous les locaux non bétonnés du fort avaient subi de graves avaries.

Au 15 mai, les locaux 11, 12, 13 et 14 n’existaient plus, les façades et une partie des locaux 3, 4, 5 et 15 étaient démolies. Les couloirs allant de la caserne aux latrines et à la pompe étaient percés. Le poste extérieur et le local télégraphique étaient bouleversés, l’entrée de la caponnière de gauche en mauvais état. Les réseaux n’existaient plus que sur les faces sud et sud-est. On étaya les maçonneries disloquées et en particulier le couloir desservant les locaux 13, 14 et 15 permettant l’accès à la citerne.

On communiquait encore par télégraphie optique au moyen d’appareils installés dans les abris V et VII, avec les forts de Vaux et de Tavannes ; c’est par l’intermédiaire du fort de Souville que l’on transmit au fort de Vaux les dernières dépêches du général en chef félicitant la garnison de ce fort et nommant le commandant Raynal Commandeur de la Légion d’Honneur.

Ces abris servaient aussi d’observatoires, ainsi que l’abri 5 qui donnait d’excellentes vues dans la région

Froideterre-Douaumont.

Le bombardement du 1er juin par des obus de 380 et de 420 augmenta les dégâts, le local 15 fut anéanti, le couloir allant à l’abri VII fut crevé, le local de la pompe disloqué.

Vers 6h1/2 un obus de 420 tombant au-dessus des abris-cavernes produisit un entonnoir extérieur de 13 m de diamètre et 5 m de profondeur. La compression de la marne compacte mélangée de calcaire qui constitue le sol à cet endroit entraîna une dislocation de la voûte de la galerie arrière reliant les locaux 51 et 52 : le piédroit est s’éboula sur une longueur de 6 m et dix mètres cube environ de caillasse et d’argile obstruèrent la galerie. Un autre obus fit des dégâts à peu près analogues au couloir est passant devant les abris 49 et 50.

Au 22 juin, la presque totalité des locaux maçonnés étaient détruits. Les caponnières et leurs gaines d’accès étaient effondrées ou inutilisables. Les abris V, VI, VII qui avaient servi de postes optiques et d’observatoires n’existaient plus et les observateurs devaient se tenir dans des trous d’obus aux abords de la caponnière double, à l’entrée de l’escalier des abris sous roc, au-dessus des locaux 28 - 29.

 

Attaque du 23 juin

Au 22 juin, les lignes allemandes se trouvaient encore à 15 ou 1.600 m du fort de Souville. Nous occupions les parties supérieures du ravin du bois triangulaire et du ravin Chambitoux.

Le 23 juin 1916, de 6 à 8 heures du matin, l’ennemi déclenche sur tout le front de bois Nawé-Laufée une attaque formidable. Il avait pour premiers objectifs l’ouvrage de Froideterre, le village de Fleury et le fort de Souville, et comme seconds objectifs le fort de St-Michel et la batterie nord de Marceau.

Si même notre résistance était annihilée, il devait pousser plus loin encore ses succès. C’est ce qui résulte de l’ordre du 21 juin à la 2ème brigade d’artillerie de campagne Bavaroise. Tous les prisonniers faits pendant cette attaque sont d’accord pour dire que la prise de Verdun était escomptée avant la fin du mois de Juin.

Les Allemands arrivèrent bien le 23 juin, jusqu’à l’ouvrage de Froideterre, mais ils ne purent s’en rendre maîtres et en furent repoussés jusqu’à 3 ou 600 mètres dans la direction de Thiaumont. Au centre, un bataillon réussit à s’emparer du village de Fleury et à pousser vers l’ouest et le nord-ouest, mais nous pûmes conserver la station, et si, entre Fleury et Vaux-Chapitre nos premières lignes furent débordées, nous arrêtâmes cependant l’ennemi un peu au nord de la Chapelle-Ste-Fine.

Le fort de Souville ne put être attaqué ce jour-là. Il était l’objectif de la 103ème D.I. allemande et un certain nombre de prisonniers faits dans cette grande unité étaient porteurs d’un plan des dessus du fort : ce plan ne fait pas mention des abris-cavernes, ce qui tendrait à prouver que les Allemands n’en connaissaient pas l’existence.

 

Bombardement du fort après le 23 juin

Il était à prévoir que l’attaque avortée du 23 juin serait recommencée sous peu. Aussi ne fut-on pas surpris de voir le bombardement du fort et de ses environs redoubler de violence jour et nuit pendant les derniers jours de juin et au commencement de juillet : des obus de tous calibres (souvent du 420) et des obus asphyxiants sont journellement lancés sur le fort.

Le 10 juillet, le bombardement commence dès les premières heures avec des obus asphyxiants. Il se continue par des obus de 420.

A 15 heures, la gaine reliant le local bétonné 18 aux abris sous roc s’effondre dans les mêmes conditions que les gaines reliant les locaux 49-50, le 1er juin précédent, un obus de 420 tombe devant les débouchés du local 18, faisant un entonnoir de 10 m de diamètre et de 6 m de profondeur, sans endommager les maçonneries ou les fondations, un autre tombe sur la dalle en béton du même local, la détruisant sur 7 m de longueur, 3 m de largeur et 0,60 seulement de profondeur. Ces projectiles en éclatant occasionnent des dégagements de gaz toxiques qui ont provoqué quelques cas d’asphyxie, notamment sur 2 hommes dans le local 18 et 3 autres dans les annexes du même local.

Ce bombardement par obus de 420, auquel s’adjoint un bombardement intense par obus lacrymogènes et obus asphyxiants, entraîne la mort de 7 hommes. En outre, 7 autres sont violemment intoxiqués malgré leur masque et doivent être évacués.

Le bombardement continue pendant la nuit du 10 au 11 juillet avec les obus spéciaux, non seulement sur le fort et ses environs, mais encore sur toutes nos positions, du bois de Nawé à La Laufée.

Le fort de Souville reçut à la fois des obus lacrymogènes et des obus asphyxiants ; ils paraissent être des obus de 77, 105, et même 150, à très faible charge explosive ; très nombreux tout d’abord, ils furent tirés ensuite un peu plus lentement.

Le 11 Juillet vers 3 heures, le bombardement par 420 recommença et entraîna de nouveaux effondrements à la porte de guerre et à la voûte du corps de garde des abris-cavernes.

Les obus asphyxiants continuent à tomber sans interruption ; les guetteurs qui étaient sur la superstructure dans les trous d’obus sont tués ou asphyxiés.

En raison des circonstances, un peloton d’infanterie est envoyé en renfort à Souville par le colonel commandant la brigade.

Tous les officiers et le médecin du fort, sont plus ou moins intoxiqués, le lieutenant colonel Astruc, commandant le fort est asphyxié vers 4h1/2 ; il a une syncope de près de 12 heures, et ne peut reprendre connaissance que vers 16 heures. Il refuse de se laisser évacuer, bien qu’étant en possession de sa fiche d’évacuation ; il avait signalé la veille la situation critique du fort, il lui avait été répondu de tenir coûte que coûte et il voulait remplir sa mission.

Cette intoxication devait lui coûter la vie. Parti en permission après avoir repoussé l’attaque allemande, le lendemain soir, pour aller se soigner dans sa famille, il y mourut le 02 août 1916. Agé de 65 ans, il était venu aux armées sur sa demande. Sa conduite héroïque et sa mort glorieuse lui valurent le 17 août 1916 une citation à l’ordre de l’Armée.

Il fut remplacé par le capitaine HUILLARD. Celui-ci, très grièvement blessé au début de la campagne et revenu au front sur sa demande, quoique ne marchant qu’avec une extrême difficulté, n’hésita pas, sous un bombardement des plus violents, et au prix des plus grandes fatigues, à monter au fort où il arriva le 12 juillet au soir et où, par sa parole et son exemple, il maintint constamment la garnison dans l’excellent esprit qu’elle avait eu le jour de l’attaque.

 

Etat du fort au moment de l’attaque du 12 juillet

Au 12 juillet 1916, les terrassements du fort étaient complètement bouleversés, les escarpes et contrescarpes avaient beaucoup souffert et les fossés étaient comblés en grande partie surtout ceux de l’est, du nord, et du nord-ouest, dont il était difficile de retrouver l’emplacement sur le terrain. Les réseaux de fil de fer n’existaient plus. Les gaines d’accès aux caponnières étaient toutes crevées ; la caponnière double et l’aileron nord-ouest étaient complètement détruits et leurs traces n’étaient pour ainsi dire plus visibles ; les autres organes de flanquement n’étaient pas entièrement détruits, mais leurs créneaux étaient obstrués par les éboulements et il était impossible d’y accéder.

L’entrée du temps de paix, quoique lézardée et en mauvais état, était encore debout. Le pont-levis, abîmé, était encore utilisable. Toutes les casemates du temps de paix n’étaient plus que ruines.

D’une façon générale, la partie nord du fort était à peu près complètement détruite ; la partie sud était en très mauvais état, sauf le local bétonné 18 qui n’avait que quelques éraflures sur sa carapace de béton et était parfaitement habitable, et le débouché bétonné de l’escalier aboutissant aux abris cavernes qui était praticable.

Les abris cavernes eux-mêmes étaient en bon état ; les galeries situées devant et derrière les abris 51 et 52, et éboulées à la suite des bombardements du 1er juin, avaient été réparées, mais les abris cavernes ne pouvaient plus communiquer directement avec le local bétonné 18, en raison de l’éboulement de la voûte survenu l’avant-veille.

Depuis le 22 juin, le poste optique, qui était auparavant sur la superstructure, avait été transporté à l’entrée du temps de guerre et ne communiquait plus qu’avec le fort de Belrupt.

La garnison du fort se composait le 11 juillet au soir de :

Une Cie du 6ème R.I.T. (3 officiers et 116hommes)

Un peloton de la 3ème Cie du 7ème Régiment d’Infanterie (2 officiers et 75 hommes)

La moitié de la 101ème Cie de mitrailleuses de position (29 hommes).

Un adjudant et 36 canonniers de la 14ème batterie du 5ème R.A.P.

Un adjudant et 11 hommes de la Cie 25/2 du 9ème R. du Génie.

Un médecin et 7 infirmiers ou brancardiers / 6 colombophiles, signaleurs et C.O.A.

 

 

 

 

 

La caponnière simple du saillant 5

Cliché VAUBOURG Cédric

L’entrée de l’abri caverne. Cliché VAUBOURG Cédric

Travaux exécutés dans le fort

Avant juillet 1916, on travailla à mettre le fort en état de défense, par l’organisation défensive du local 18, de l’escalier descendant aux abris cavernes, et des couloirs d’accès à ces abris.

Après l’attaque de juillet, on augmente la contenance du fort par la création d’abris cavernes ou galeries de mines. On fit ainsi à proximité des abris 47 et 48, trois grandes galeries de trente mètres environ de longueur, reliées ensemble à leur extrémité ouest par une galerie majeure de 40 m. Une autre galerie majeure de 10 m relie en outre les 2 premières de ces galeries.

Tout ce système de galeries a une protection de 10 à 15 m de marne compacte et calcaire au-dessus du ciel ; il est donc mieux protégé que les abris cavernes du temps de paix avec lesquels il communique et si, au cours de futurs bombardements par de très gros calibres, les abris cavernes venaient à être mis hors d’usage, la garnison trouverait un abri plus sûr dans les galeries de mines ainsi créées.

Les eaux pouvant provenir de ces galeries sont évacuées au moyen d’une demi-galerie de 65 m environ de longueur.

Enfin une 2ème entrée a été faite pour ces galeries c'est un tunnel, en grande galerie, de 140 m de long, ayant sensiblement la même protection.

Ce tunnel est relié à la tourelle de 155 au moyen d’un branchement de 85 m. Il existe de la sorte une communication à l’épreuve entre la tourelle, les abris cavernes et par suite avec l’abri bétonné 18 de la superstructure du fort.

La tourelle elle-même a été remise en état. Sa calotte avait reçu un certain nombre d’obus ou d’éclats, et douze points d’impacts environ y sont nettement visibles. Les projectiles ont dû glisser sur elle et ricocher, car les dégâts les plus importants consistent en éraflure de 0,22 m au plus de profondeur, et 0,16 m à 0,22m de longueur ou de largeur.

En mars 1917 on commença à déblayer la chambre de tir, à revoir les divers organes. Il ne fut possible de mettre en place qu’un seul canon. La manœuvre de la tourelle se faisait antérieurement au moyen d’une machine à vapeur. En raison du temps considérable nécessité pour la mise en marche de cette machine, de ses difficultés de fonctionnement, des inconvénients pouvant résulter de l’échappement de la fumée, on décida de la remplacer par un moteur électrique de 12 HP. Les opérations d’éclipse et de rotation de la tourelle purent se faire ainsi facilement.

A la fin de juin 1917, le fort de Souville peut être considéré comme remis en état ; la tourelle fonctionne, et les munitions du canon de 155 long qui en constituent l’armement, sont à pied d’œuvre. Elle communique avec les abris du fort et avec le local bétonné de la superstructure ; les abris parfaitement à l’épreuve, sont dotés d’une 2ème sortie à l’extérieur ; le tout est habitable, et un puits donnant 1500 litres par jour, a été creusé dans les abris cavernes. Un observatoire destiné à l’artillerie du secteur a été installé sur le massif du fort ; mais n’est guère à l’épreuve que des éclats.

Aussi a-t-on jugé nécessaire de construire un observatoire cuirassé communiquant avec la tourelle par une communication à l’épreuve, et qui serait surtout destiné à cette tourelle. La communication est faite et l’observatoire va être mis en place.

Le fort est doté d’un approvisionnement de 15 jours de vivre.

En raison de sa situation actuelle à plus de 6 km du front nord et de 4 km de la Woëvre, la garnison permanente ne comprend plus qu’une section d’infanterie, deux sections de mitrailleurs, et des détachements d’artillerie et du Génie. Une garnison de renforcement est prévue et s’installerait au fort en cas d’avance sensible de l’ennemi.

Un réseau de fil de fer de 10 m d’épaisseur entoure le fort, la tourelle et son observatoire.

Dans cette même période, trois cloches Pamart à deux créneaux reliées au réseau de galeries de 17 sont installées sur les glacis autour du fort pour assurer la défense de ses abords. Deux cloches Pamart supplémentaires auraient du être installées, mais elles ne seront jamais montées.

Cette partie ci-dessous sur la bataille de Verdun est reprise d’après la monographie du Colonel Benoit (Adjoint au Général Ct le Génie de la 11ème armée) rédigée le 23 novembre 1917

 

Rôle du fort au commencement de la guerre

Le fort de Souville faisait à la mobilisation partie du premier secteur de la place de Verdun et devait refermer une garnison composée d’une Cie d’infanterie, d’artilleurs, de sapeurs, etc... d’un total d’environ 350 hommes.

C’est dans les locaux placés aux environs du fort qu’en août 1914 s’est installé le général Cdt le premier secteur de la place, avec son Etat-Major et les Cdts de l’Artillerie et du Génie de ce secteur.

Le central télégraphique du secteur était installé au fort de Souville et était relié par des communications souterraines avec les forts de Douaumont et Thiaumont, et par d’autres communications en général aériennes, avec les autres forts et le bureau télégraphique central souterrain à la Citadelle.

Le fort de Souville, placé en seconde ligne, n’a pas eu à intervenir en 1914 et 1915. Il n’avait pas de canons pour le tir à grande distance et la tourelle de 155 long ne pouvait être mise que difficilement en batterie, au moment de la déclaration de guerre.

Les réparations que l’on essaya de faire à cette tourelle dans le courant de 1914 ne donnèrent pas de bons résultats. Aussi en 1915, fit-on appel au monteur de la maison qui l’avait fournie, mais les recherches et les réparations furent longues et ce ne fut qu’en octobre 1915 que la tourelle put fonctionner parfaitement. A ce moment, Verdun n’existait plus en tant que Place, l’équipe d’artilleurs chargée de la manœuvre de la tourelle fut en partie retirée, et le tube de rechange, envoyé à l’intérieur (décembre 1915).

En janvier 1916, les dispositifs de destruction sont installés dans les murs du fossé de gorge, dans la caponnière de gorge et dans la tourelle Buissière afin de rendre inutilisable cette fortification et de faciliter sa reprise si l’ennemi venait à s’emparer du fort.

L’entrée du fort  après la bataille de 1916. Collection Lionel PRACHT

Le fort après l’attaque

Après cette attaque manquée, le fort continua à être bombardé journellement, souvent avec des obus de très gros calibres. Du reste, les Allemands restent terrés aux environs du fort; le 23 juillet, nous n’avons pas encore repris la Chapelle Ste-Fine et nos premières lignes ne se trouvent qu’à 200 ou 250 m en avant de Souville, nous avons perdu la station de Fleury et nos lignes s’arrêtent à la «Poudrière».

Quelques jours après, les 27, 28, 30, 31 juillet, le fort fut violemment bombardé par des obus de 210 à forte charge et fusée retardée ainsi que par des obus lacrymogènes.

C’était le prélude d’une nouvelle attaque allemande, qui se déclencha le 1er août et qui eût pour théâtre les bois de Vaux-Chapitre, de Vaux-Régnier et de la Laufée. Les Allemands ne purent avancer vers le fort.

Les jours suivant, nous reprenons la station de Fleury et nous avançons vers la Chapelle Ste-Fine; le 25 août, Souville est à 650 m des trous d’obus occupés par les Allemands. Le 15, nous avons repris les maisons sud de Fleury et nous avons consolidé notre occupation de la Chapelle Ste-Fine, bien que les tranchées ennemies soient toujours à 650 m du fort.

Pendant cette période, Souville est encore bombardé par intermittence, mais très violemment, par des obus de gros calibres. Il n’en résulte aucun nouveau dégât important.

Les 1er et 2 septembre, le bombardement reprit violent et continu; le 3, une attaque allemande de grande envergure se déclencha dans la région de Fleury-Vaux-Chapitre. Si à ce dernier endroit, l’ennemi réussit temporairement à prendre pied dans un saillant de nos lignes, il fut en revanche un peu bousculé vers Fleury et Souville: nous nous emparons en effet de la tranchée de Bavière et dégageons quelque peu le fort qui se trouve ainsi à 800 m de nos tranchées entre à 850 m et 900 m de la tranchée du Palatinat que les Allemands venaient de construire.

Cette situation reste sensiblement la même jusqu’au moment de l’attaque française du 24 octobre 1916.

Les bombardements furent toujours violents, jusqu’en décembre et surtout pendant la période du 8 au 12 septembre, où les Allemands prononcèrent de violentes contre-attaques dans toute la région de Vaux-Chapitre et de Vaux-Régnier, et où le fort reçut des obus de très forts calibres (380 ou 420) ainsi que de nombreux obus asphyxiants.

Attaque du 12 juillet 1916

Une intense préparation d’artillerie avait eu lieu le 10 et 11 juillet, et les forts et positions françaises avaient été violemment bombardés ; c’est ainsi que les forts de Marre, de Vacherauville, de Charny, de Froideterre, de Belleville, de Moulainville etc... avaient reçu des projectiles de forts calibres en quantité importante. En outre, une énorme quantité d’obus lacrymogènes et asphyxiants avaient été lancés dans la nuit du 10 au 11 sur toute la rive droite de la Meuse, de Bras à Sommedieue.

Le 12 juillet, à 4 heures, le commandant du fort de Souville est prévenu par le secteur que les Allemands débouchent de Fleury et des abords de la Chapelle Ste-Fine, et marchent sur le fort.

La garnison est alertée, la compagnie de garnison se porte aux barricades intérieures et se tient prête à ravitailler en munitions la garnison de renforcement qui est au fort. Celle-ci ainsi que les mitrailleuses, se porte sur le dessus de l’ouvrage.

Le feu est ouvert par les mitrailleuses sur les Allemands qui, ayant dépassé la Chapelle Ste-Fine, et occupé la tranchée Géntry, montent vers 8 heures à l’assaut du fort. Beaucoup sont tués, mais leur nombre augmentant sans cesse, ils parviennent près du fort ; les fossés n’existant pour ainsi dire plus, certains pénètrent même dans l’ouvrage. Cependant les troupes défendant la superstructure parviennent à les repousser à la grenade et avec les mitrailleuses, en faisant une cinquantaine de prisonniers, appartenant aux 5ème, 9ème, 10ème et 12ème Cies du 140ème Régiment (4ème D.I.).

Il est environ 9 heures.

La présence de l’ennemi sur le dessus du fort avait été toutefois signalée, l’artillerie française y déclencha un tir de 75 qui fit quelques victimes parmi les défenseurs, mais n’empêcha pas ceux-ci de rester sur le fort pour en surveiller les abords. En même temps, ordre avait été donné à un peloton de notre 14ème Régiment d’Infanterie de venir aux abords du fort et au 25ème Bataillon de Chasseurs alerté au tunnel de Tavannes, de contre-attaquer immédiatement et de reprendre le fort.

A 14 heures, c’est à dire plusieurs heures après que les assaillants avaient été repoussés par les seuls moyens de la garnison de Souville, ces troupes, qui avaient été retenues par des tirs de barrage, arrivent au fort et y pénètrent, bien que le pont-levis fût levé. Quelques Allemands terrés dans des trous d’obus, sont faits prisonniers par elles.

Ces diverses troupes, qui restèrent plusieurs jours au fort, consommèrent une partie des  approvisionnements d’investissement, alors que la garnison, bien que privée de ravitaillement, s’était abstenue d’y toucher. Elles génèrent, par leur entassement dans les abris, les opérations de sauvetage et de déblaiement.

Les pertes de la garnison, du 10 au 12 juillet, furent lourdes : sur un effectif total de 6 officiers et 263 hommes, il y eut un officier mort par intoxication, 3 officiers blessés ou intoxiqués y compris le commandant du fort, 20 hommes tués ou morts par intoxication et 118 blessés, évacués ou disparus. Quatre mitrailleuses furent détériorées pendant la lutte.

Le fort remplit parfaitement le rôle auquel il était destiné. Les premières lignes françaises, percées, ont laissé passer les Allemands qui, continuant leur marche sur le fort, avaient l’ordre de s’emparer de cette importante position. Les tranchées aux abords du fort de Souville avaient été nivelées par l’artillerie allemande et la chute de l’ouvrage aurait peut-être permis aux Allemands de réaliser leur programme du 23 juin, en marchant ensuite sur la batterie nord de Marceau et sur le fort de St-Michel, lequel avait été, ainsi que toutes les positions arrières, copieusement bombardé pendant cette journée du 12; jusqu’au fort de Belrupt où 3 obus de 380 furent envoyés ce jour-là sur ses glacis.

La prise du fort de Souville tenait à cœur aux Allemands. Le 04 novembre 1914, une radio ennemi n’apprenait-il pas à la garnison de Verdun que les forts de Souville et de Tavannes étaient tombés entre leurs mains.

Aussi en 1916, pour s’emparer du fort de Souville qu’ils voulaient à tout prix, les Allemands firent-ils une véritable débauche de munitions, et notamment de projectiles de très gros calibres, qu’ils n’auraient sûrement pas employés si, au lieu d’un fort, ils n’avaient eu affaire qu’à de simples tranchées. On peut évaluer à 9 ou 10 millions au moins la valeur des projectiles, presque tous de calibre supérieur à 130, qui sont tombés sur le fort jusqu’au moment de l’attaque. S’ils ont réussi à détruire à peu près la superstructure et la plus grande partie des locaux maçonnés non renforcés qui n’avaient coûté que 1.100.000 francs, ils n’ont fait aucun dégât appréciable au local bétonné 18 qui servait de réduit à la défense de la superstructure et n’ont crevé que les gaines dans les abris sous roc sans rendre inutilisables ces abris.

La garnison a donc pu, jusqu’au dernier moment, rester au repos dans ces abris, et en particulier dans le local bétonné, qui lui inspiraient la confiance la plus absolue, et, malgré la mise hors de combat par asphyxie d’un certain nombre de défenseurs, trouver l’énergie suffisante pour sortir au moment voulu et repousser l’assaut des Allemands avant l’arrivée des renforts. Il est simplement permis de regretter que la tourelle n’ait pas pu fonctionner pendant toute la période critique.

L’entrée de l’abri caverne le 28 juillet 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

L’entrée du fort  le 23 mars 1917

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Le deuxième tube de 155L de la tourelle sorti devant la batterie cuirassée le 15 mars 1918

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

L’entrée de l’abri caverne mars 1917.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

 

1878

1884

1890

1908

1910

Pièces de rempart

du fort

5 canons de 155 long

4 canons de 12

2 mortiers de 22

3 mortiers de 220

5 canons de 155 long

6 canons de 7

2 mortiers de 22

6 canons de 155 long

6 canons de 7

2 mortiers de 22

4 canons de 155 long

3 canons de 90

2 canons de 95

2 mortiers de 22

4 canons de 90

2 mortiers de 15

Cuirassements et

casemates

 

1 tourelle Bussière

sur la batterie annexe

Défense des fossés

4 canons révolver

4 canons de 12 culasse

Batteries annexes 8-1, 8-2,

8-3 et 8-4

4 canons de 95

6 canons de 120 long

1 canon de 7

2 canons de 120 long

3 canons de 155 long

8 canons de 90

Nb de pièces

26

28

33

26

24

Dates de construction

Coût des travaux en 1882

 

Effectif 314 hommes en 1882

· Juillet 1875 – Décembre 1877

· 963 714 Frs

 

· 10 officiers, 304 soldats et sous-officiers

Garnison normale prévue au fort en 1914

 

· Infanterie : 4 officiers et 250 soldats

· Artillerie : 1 officier, 6 sous-officiers et 49 soldats

· Auxiliaires des places fortes : Aucun

· Génie : 3 sapeurs

· Télégraphie : 7 sapeurs pour le réseau électrique dont 1 officier et 2 sapeurs cyclistes chargés de la surveillance des lignes et des réparations

4 sapeurs pour le réseau optique

· COA : 3 officiers et 8 hommes dont 6 boulangers

· Service médicaux : Aucun

· Gardien de batterie : 1 homme

· Soit un effectif de 6 officiers et 427 soldats

Effectif à la mobilisation en 1914 à la première heure

 

· Infanterie : pas d’infanterie dans le fort, elle est placée dans le secteur

· Artillerie : 1 officier et 47 soldats du 5ème régiment d’artillerie à pied

· Génie  et services divers : 4 télégraphistes

Soit un effectif de 1 officier et  51 hommes

Coût des travaux en 1914

Capacité du casernement à l’épreuve

Capacité des casernement en maçonnerie

Capacité du magasin à poudre

 

Capacité du magasin aux cartouches

 

 

· 270 000 Frs

· 150 places couchées dans l’abri caverne collé au fort

· Non utilisé en temps de paix

· 9 tonnes de poudre noire à la construction du fort, 87 tonnes en 1885

· 202 600 cartouches

Cuisine

 

Boulangerie

 

Puits et citernes

Pont de l’entrée principale

· 1 cuisinière François-Vaillant au fort et un fourneau Choumara à l’abri caverne

· 1 four à bois ou au charbon de 100 rations installé en 1885 et 1 four portatif en tôle

· 1 puits alimentant 2 citernes d’une contenance de 112 m3

· 1 pont levis

Communication liaison optique

 

 

Communication télégraphe électrique

 

 

 

 

Eclairage en 1914

· Avec le fort de La Chaume et la citadelle de Longwy

· Un appareil de calibre 14 ou de 24 en réserve à la place peut être affecté à l’ouvrage si nécessaire.

· Avec le central à la citadelle de Verdun, le poste de Bellevue, les ouvrages de Froideterre, de Thiaumont, de Laufée et avec les forts de Vaux, de Douaumont et de Tavannes  grâce à un appareil microphone système Ader et un morse de campagne modèle 1907

· Lampes à pétrole pour l’intérieur du fort, lampes à bougie pour la tourelle et oxyacétyléniques pour les fossés

Effectif maximum

1914 - 350 hommes

1916 - 79 hommes

1914 - 150 hommes

Armement du fort fin 1915

· Aucune pièce de remparts

· 4 caponnières armées de 4 canons révolver et 4 canons de 12 culasse avec leurs munitions

· 1 tourelle Bussière armée de deux canons avec quelques obus

Armement du fort fin 1917

· 1 tourelle Bussière armée d’un seul canon et réapprovisionnée en munitions

· Le reste du fort est réarmé de mitrailleuses et  fusils mitrailleurs pour la défense rapprochée

· 3 cloches Pamart à deux créneaux armées d’une mitrailleuse chacune