Sortie avec les membres de l’association

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31 mars, 1er et 2 avril 2018

Fortiff'Séré : Assemblée Générale 2018 et visites d'ouvrages.

www.fortiffsere.fr VAUBOURG Cédric et Julie © COPYRIGHT Mentions Légales

Pour couper court à toute idée reçue, voire à certaines images d'Épinal - oui je sais, elle est facile - disons le franchement : ce week-end pascal spinalien n'aura pas fourni le climat qui fait généralement le bonheur des batraciens et autres gastéropodes ! Et c'est tant mieux parce que nos G.O.[1] nous avaient concocté un programme "à la hauteur", digne d'une extrémité de rideau défensif.

Revenons simplement sur les moments forts de ce WE du 31 mars au 2 avril 2018.

 

Dès le samedi matin, un groupe, armé d'éclairages et d'APN[2], était mené par Julie et Cédric à la découverte de deux magasins à poudre à l'épreuve creusés sous roc en fond de vallon. Nous remercions M. Pascal Toussaint de la société Citéos (Groupe Vinci Énergies) et M. Alain Durpoix des Éclaireurs de France pour les accès respectivement au magasin central de Beau Désir et au magasin de secteur de Louvroie. Bien que de dimensions ordinaires, ces magasins n'en sont pas moins intéressants de par leur disposition et pour les éléments particuliers qu'ils possèdent encore, comme la voie de 60 avec plaque tournante Decauville, ou encore par endroits des grilles en fer forgé, aux motifs végétaux acérés aussi beaux que redoutables à franchir ! Ces magasins étaient d'autant plus sensibles qu'on y préparait les gargousses, les amorces, les détonateurs, les fusées et les projectiles. Les approvisionnements étaient assurés par voie de 60 et l'on peut encore cheminer sur l'ancienne plateforme immédiatement remarquable malgré la disparition des rails et traverses, tant son profil est doux et régulier.

 

Le midi, un surprenant mais agréable soleil a permis de disposer les bancs et les tables dans la cour du fort de la Grande Haye, afin que tous les présents puissent se restaurer dans une ambiance qui aurait pu seulement nous faire croire à un pique-nique estival, car il ne faisait pas encore si chaud que ça !

 

La bonne ambiance n'a pas arrêté le temps et il fallait déjà nous réunir pour l'AG. Notre Président et notre Secrétaire/Trésorière ont rappelé les événements et les actions de l'année passée, les comptes approuvés et les projets à venir. M. Camille Zeghmouli, adjoint au Maire de Golbey, a assurément renouvelé les encouragements de la commune aux côtés de l'association.

Étaient également présents lors de cette AG quelques représentants d'autres associations dont  Claude Varanfrain ("Les amis du fort de Comboire"), Michel Truttmann ("Jours d'Histoire), Gilles Provin ("La belle Époque") et Patrick Visini ("l'ARFUPE").

A l'issue de l'AG, un verre de l'amitié était offert aux participants.

 

L'après-midi nous a permis d'aller visiter un étonnant et extraordinaire musée des pompiers. Accueillis par M. Patrick Aimé de l'association SPSP88 que nous remercions beaucoup, nous avons pu admirer des centaines de matériels et de véhicules de toutes époques, témoins des progrès réalisés en matière de lutte incendie et autres secours. A voir absolument !

 

De retour au fort de la Grande Haye en toute fin de journée, un baeckhoffe aussi appétissant qu'imprononçable pour Julie, a régalé les estomacs … une sympathique et chaleureuse soirée faisant penser à la dernière page des aventures d'Astérix et Obélix !

 

La journée de dimanche a sans aucun doute été le "clou" des visites prévues durant ce WE, avec pas moins de deux forts à découvrir. Bien qu'avertis, nous attendions d'apprécier de visu les petites épreuves de franchissement qui nous attendaient. En effet, pour l'accès au fort de Razimont une sérieuse coupure dans le tablier du pont nécessitait l'emploi d'une échelle d'un peu plus de 7m, pour descendre la contrescarpe et arriver dans le fossé, avant d'escalader en face le pont dormant devant l'entrée (toujours avec l'échelle déplacée). Tout le monde a pris son temps et les franchissements n'ont présenté aucune difficulté. Nous y reviendrons pour le 2ème fort !

 

Construit en 1877, le fort de Razimont se présente sous la forme d'un pentagone irrégulier dont les faces sont battues par quatre caponnières, trois simples et une double. De facture assez classique, il est à noter cependant que la rue du rempart était dotée d'une voie de 60 circulaire pour la desserte  du magasin à poudre, des traverses-abris et des plateformes d'artillerie.

Pour arranger tout le monde, nous nous sommes répartis en deux groupes, celui des visiteurs et celui des photographes avertis, formule qui a fait ses preuves à la sortie de Charlemont.

 

Je vous épargne la description précise des différents sites que nous avons visités, car vous retrouverez de plus amples informations dans le site internet de l'association (www.fortiffsere.fr). Parmi les points remarquables de ce fort, on citera par exemple deux intéressantes casemates à tir indirect, et la présence par endroits de rares morceaux de verrière d'origine préservées sur les puits de lumière. L'ensemble est en état moyen, sans destruction particulière mais la nature a bien repris ses droits et les racines des arbres provoquent d'inévitables désordres dans les maçonneries.

 

Le temps passe si vite, surtout en fortification, qu'il fallait déjà regagner notre échelle pour la sortie. Pendant son replacement sur la contrescarpe du saillant 1, quelques-uns parmi nous ont pu jeter un œil aux extérieurs de la caponnière simple du saillant 2. Un rapide retour aux voitures et nous étions déjà en chemin pour le fort de la Mouche, à peine quelques kilomètres au SSO de Razimont. Il était convenu que le casse-croûte tiré du sac serait pris sur place avant la deuxième visite, ce qui fût fait dans une ambiance toujours décontractée.

Sitôt la restauration passée, des volontaires ne redoutant pas le vertige de la hauteur, s'affairaient à réinstaller sûrement l'échelle, cette fois dressée presque à sa plus grande hauteur tant le fossé était profond et surtout, avec un mur bien vertical sur près de 7m.

Avec l'expérience de la matinée, ce franchissement aurait presque passé pour une formalité, les membres de Fortiff'Séré sont désormais aguerris !

 

De la même époque, le fort de la Mouche s'inscrit dans un plan quadrangulaire. Une caponnière double couvre les côtés adjacents à deux caponnières simples qui elles-mêmes croisent leurs feux pour couvrir les deux autres côtés, dont un tourné au nord (la gorge) comporte l'entrée. C'est par la poterne de cette entrée qu'a commencée la visite. Nous aurions pu le découvrir en dernier telle la cerise sur le gâteau, mais arrivant par dessous il n'était pas possible de passer sans admirer jalousement le remarquable mécanisme du pont roulant effaçable. Le tablier composé de solides poutrelles en fer rivetées, s'efface latéralement en roulant sur deux rails grâce à quatre roues à gorge, dont deux sont pourvues de pignons entraînés par un jeu d'engrenages afin de démultiplier l'effort de manœuvre depuis la chambre de retrait du pont. Deux leviers permettaient le freinage et le calage du pont afin d'empêcher tout mouvement, surtout lorsque des matériels ferroviaires passaient dessus.

A la différence de Razimont où la caserne occupe une place centrale, ici la caserne est plus proche du rempart ouest, comme si elle était placée sur la rue du rempart. D'ailleurs la voie de 60 la traverse et fait le tour intérieur du fort. On peut encore voir quelques portions de cette voie ferrée.

Si tout le monde a profité de la visite des éléments habituels (la boulangerie avec un joli four, le casernement, le magasin à poudre, les traverses-abris et autres caponnières … etc.), il faut bien dire que la visite du poste optique était réservée aux plus gymnastes d'entre nous : l'absence d'escalier pour y accéder a été maigrement compensée par deux bouts de bois calés en X contre les murs … ensuite c'était de l'acrobatie en figure libre ! Mais la récompense était au bout de l'effort puisque la minuscule pièce circulaire recèle quelques beaux graffitis historiques !

Tandis que la visite se terminait et que les personnes rejoignaient la grande échelle pour gravir ce dernier grand obstacle avant le retour aux voitures, quelques autres - et j'en faisais partie - décidaient de faire rapidement le tour du fort par les fossés, soit environ 800m à parcourir dans un capharnaüm de ronces et de branchages obligeant à bien lever les pieds à chaque pas … usant ! Mais cela valait la peine, car les caponnières avec les fossés diamant inondés ont tout de même - passez moi l'expression - une sacrée gueule ! A noter aussi que les murs d'escarpe et de contrescarpe présentent de jolies séries d'arcs de décharge.

Ces visites n'auraient pas été possibles sans l'agrément de l'Autorité Militaire représentée par le Lieutenant-Colonel Simon du 1er RT[3], que nous remercions vivement. Il était déjà temps de dire au revoir à certains participants qui ne pouvaient malheureusement pas nous accompagner davantage.

 

Après un rapide mais bienvenu débarbouillage de fin de journée, tout le monde s'est rendu à nouveau au fort de la Grande Haye, pour prendre un apéritif bien mérité et surtout s'attabler pour partager une bonne et copieuse raclette, le tout dans une sympathique ambiance.

 

Lundi matin, tout le monde s'est retrouvé fin prêt pour partir sillonner le sous-bois dans les environs du fort de Razimont, à la découverte de différentes positions de combats et d'abris. Rappelons que ces lieux sont toujours en terrain militaire et que nous avons eu toutes les autorisations nécessaires pour s'y aventurer deux jours durant.

Nous avons d'abord jeté un œil à un ancien magasin à munitions sous roc (le dépôt intermédiaire des Carrières), construit sous la batterie d'artillerie des Carrières que nous avons entraperçue.

Notre promenade nous a ensuite conduits tout au long de la journée vers des ouvrages d'infanterie. Ce sont des positions de combats aménagées généralement sur une crête, de forme ronde avec au centre un casernement sous béton comprenant des chambrées et une cuisine, à l'extérieur des latrines, et autour en arc de cercle sur la ligne de front, un parapet d'infanterie en béton muni de masques blindés (malheureusement disparus !). Nous avons ainsi visité l'ouvrage A de Préfoisse, B de Vorpaille, C de Sainte Barbe et D de Fontaine de Cumay. Ce dernier possédant un bel abri bétonné avec encore ses bancs, c'est là que nous avons pique-niqué.

Entre ces ouvrages d'infanterie, nous avons exploré trois abris de combat, qui sont des constructions semi-enterrées en maçonnerie de pierres et de béton, comportant une défense rapprochée par caponnière, des niches à munitions et des latrines externes. Deux de ces abris étaient d'anciennes redoutes modernisées. Nous avons aussi vu une position de batterie d'artillerie de campagne à contre-pente datant de 1915.

Sur le chemin du retour, nous avons eu la surprise de découvrir un élément de voie de 60 ainsi que deux portes blindées, probablement arrachées de leurs supports d'origine lors de la démolition d'un ouvrage afin de construire la route N57/E23. Gageons que ces matériels retrouveront des lieux plus appropriés à leur histoire, plutôt que de rouiller au grand air !

Olivier Charrin, un membre qui a nouvellement rejoint l'association a souhaité voir l'abri de combat "Malgré-moi" dans lequel son grand-père a séjourné à l'époque de la Grande Guerre. Ce petit crochet était donc la dernière visite de cette escapade.

 

Après environ 10 km de promenade et toutes ces découvertes forestières, est venu le moment toujours un peu triste mais inévitable de se dire au revoir. Nous remercions donc encore grandement Julie, Cédric et tous ceux qui ont rendu possible ce week-end Fortiff'Séré spinalien ! Il nous tarde déjà d'en faire d'autres aussi passionnants ! A bientôt …

 

 

Éric BARDOCHAN (05/2018)

 

[1] G.O. : Gentils Organisateurs …ici, aucun rapport avec le Club Med !

[2] APN : Appareil Photo Numérique

[3] Le 1er Régiment de Tirailleurs de Golbey

Repas le samedi à midi 31 mars© Éric BARDOCHAN

Les membres à l’entrée du fort de Razimont

© Éric BARDOCHAN

Visite du fort de Razimont

© Éric BARDOCHAN

Repas le samedi soir au fort de la Grande Haye

© Éric BARDOCHAN

Les membres au fort de la Mouche

© Éric BARDOCHAN

Quelques panneaux rencontrés lors de la sortie

© Éric BARDOCHAN

Le pont de voie de 60 du magasin de Beau Désir

© Éric BARDOCHAN

Les grille défensives du magasin de Bois-le-Duc

© Éric BARDOCHAN

L’intérieur du magasin de la Louvroie

© Éric BARDOCHAN

Une plaque tournante du magasin de la Louvroie

© Éric BARDOCHAN

L’assemblée générale de l’association

© Éric BARDOCHAN

L’assemblée générale de l’association

© Éric BARDOCHAN

Une des caponnières simples du fort de Razimont

© Éric BARDOCHAN

Descente et montée à l’échelle au fort de la Mouche et de Razimont

© Éric BARDOCHAN

Visite du fort de la Mouche

© Éric BARDOCHAN

Repas du lundi à l’ouvrage D de Cumay

© Éric BARDOCHAN

Les graffitis du poste optique du fort de la Mouche

© Éric BARDOCHAN

Les graffitis du poste optique du fort de la Mouche

© Éric BARDOCHAN

Le poste optique du fort

© Éric BARDOCHAN

La caponnière double du fort de la Mouche

© Éric BARDOCHAN

Vieilles pierres !

 

Notre sortie Fortiff'Séré préparée par Julie et Cédric, nous a emmené cette fois dans le pays Toulois. Pour un début novembre, nous redoutions une météo peu engageante, et bien que nenni, le froid était certes présent et assez vif en matinée mais le ciel nous a gratifié d'un magnifique soleil d'automne tout au long du WE.

 

Commençons par situer un peu les lieux. Dans l'organisation de la défense de la nouvelle frontière due à la perte de l'Alsace-Moselle, le Général Séré de Rivières avait imaginé un système de rideaux défensifs. Pour prendre une image, c'est un peu comme les tilts d'un flipper. La boule est repoussée à leur rencontre et elle n'a pas d'autre chemin que de passer entre les deux pour continuer sa route. Et bien voilà le principe, c'était de contraindre l'ennemi à s'engager dans un couloir prédéfini s'il attaquait. Le tilt supérieur est matérialisé par une ligne de fortifications allant de Verdun à Toul, celui inférieur va d'Épinal à Belfort. Entre les deux - le couloir - c'est la trouée de Charmes qui devait canaliser l'attaquant vers une deuxième ligne défensive, la place forte de Langres.

 

Ainsi donc, la place forte de Toul marque l'extrémité sud du rideau défensif supérieur. Pour ne pas être contourné et attaqué à revers, plusieurs forts ont été disposés sur le flanc sud de cette place. Compte tenu du relief et de la portée encore assez limitée des canons, il a été nécessaire d'adjoindre à ces forts des batteries annexes pour couvrir les angles morts, les secteurs hors de portée des forts.

 

Le samedi matin, nous avons commencé par la visite d'une de ces batteries, celle d'Uruffe, une annexe du fort de Pagny-La-Blanche-Côte.

 

Le plan polygonal est classique, tout du moins selon les archives puisqu'il était particulièrement difficile d'en apprécier la forme générale tant la nature avait repris ses droits. En exagérant un peu, c'est bien parce que tout le groupe s'est arrêté que chacun a pu s'apercevoir que nous étions devant l'entrée ! Un battant du portail, découpé et rongé par la rouille était miraculeusement accroché au pignon du poste de garde, c'est à peu près tout ce qu'il restait de l'entrée ! La descente sportive et vigilante dans la caponnière de gorge a donné le ton de ce que cette journée nous réservait. Disons-le tout de suite, cette batterie comme le fort de Pagny-La-Blanche-Côte et d'autres sites autour, constituent un "bel" exemple de dégradations naturelles inexorables.

La raison tient à une caractéristique du matériau de base des constructions, la pierre. On dit de celle-ci qu'elle est gélive lorsque sa structure présente une forme de porosité. Il est donc bien évident qu'avec le temps, les infiltrations d'eau additionnées aux périodes sévères de gel et de dégel vont provoquer l'éclatement de la pierre, et par conséquent la dislocation des maçonneries. Il ne faut cependant pas croire que les architectes de la fin du XIXème siècle ont négligé ce problème déjà très bien connu. Le choix des pierres répondait à plusieurs critères comme notamment la disponibilité, l'extraction, le coût du transport, la taille ...etc.

Bien sûr les tests de résistance à l'usure du temps ont permis déjà de retenir les meilleurs matériaux. Mais il n'était simplement pas possible d'imaginer que ces forts encore étonnamment debout seraient visités par des passionnés près de 140 ans plus tard. Les bâtisseurs n'avaient probablement même pas supposé une durée de vie aussi longue de leurs ouvrages !

 

Revenons donc à la batterie d'Uruffe pour signaler la présence de quelques éléments devenus rares comme des conduits d'aération blindés et coudés, des restes de portes en bois de traverses-abris et, montés sur les piédroits de fenêtres et sur l'encadrement de portes, des fers supports de rails de blindage.

Le reste du site est malheureusement l'illustration du sort réservé aux forts dont la végétation envahissante et le délitement lent des pierres, précipitent des morceaux de voûtes au sol, et font s'écrouler les murs par pans entiers sous la pression des terres.

 

Le midi, nous nous sommes tous retrouvés au fort de Pagny-La-Blanche-Côte, accueilli par son propriétaire M. CAVALIER. Profitant du soleil maintenant installé pour la journée, l'apéritif et le repas tiré du sac ont été sympathiquement pris en extérieur près des locaux de punition !

L'aspect de ce fort construit de 1879 à 1883 rompt avec le tracé classique du polygone à cinq faces puisque la forme est ici celle d'un simple losange régulier dont les quatre côtés ont même longueur. Aux saillants 2 et 4 (angle obtus), on trouve des caponnières doubles pour la couverture de l'ensemble des fossés. Une rue du rempart presque circulaire dessert les traverses-abris, tandis qu'au centre, le casernement sur deux niveaux présente tous les locaux nécessaires à nourrir toutes les bouches ... celles des hommes et des canons. Plusieurs murs de chambrées portent les témoignages plus ou moins récents du passage de soldats, au travers de dessins très joliment exécutés pour certains, par des hommes de troupes américaines en 1919, mais aussi par d'autres "visiteurs". On notera encore l'immense et vertigineux puits de la tourelle Mougin pour deux canon de 155L. Cette visite n'était pas sans rappeler celle de février dernier par l'usage obligatoire de l'échelle pour se hisser dans les parties hautes du fort.

L'état de ce fort donne également des inquiétudes quant à son avenir, vu la progression inéluctable des dégradations.

 

Tout le monde s'est retrouvé en soirée dans un restaurant de style Tex Mex à Toul. Fidèle à ses habitudes, la fine équipe a dîné en y apportant l'ambiance à la fois joyeuse, sympathique et toujours familiale propre à l'esprit du groupe "Fortiff'Séré".

 

Les brumes fraîches du dimanche matin ont accueilli les participants de la veille et ceux arrivés le jour même, sur les flans du mont St Michel, celui portant le fort éponyme.

 

La matinée était consacrée à la visite de magasins de secteurs, du magasin frigorifique, si bien conçu qu'il y fait toujours frais !

N'oublions pas de citer les abris-cavernes casematés situés à contre-pente. Leur architecture ne laisse pas indifférent. Il faut imaginer une série de grandes salles voûtées mitoyennes, dont les extrémités ouvrent sur une cour présentant un formidable alignement d'arcs rampants pour contre-buter la façade sur toute sa longueur. C'est très beau !

L'apéritif suivi du déjeuné devant l'entrée du fort a permis de reprendre des forces pour tenir la visite qui nous attendait.

En effet, le fort St Michel fait partie de ces ensembles que l'on peut qualifier de "monstres". Toute son histoire et sa constitution sont clairement détaillées sur le site Fortiff'Séré, mais pour vous donner une idée, sa partie centrale - le réduit - est déjà plus grande que certains forts entiers.

Commencés en groupe pour se finir presque individuellement, la visite a débuté par les positions défensives de l'enveloppe extérieure. Signalons à ce propos l'existence - malheureusement à l'état de ruine - d'un exemplaire rare pour ne pas dire unique d'un bloc projecteur / observatoire à lunette. La particularité de ce projecteur c'est que la lampe à acétylène et sa lentille de Fresnel se trouvaient au fond du puits d'une cloche à éclipse orientable à 360° qui elle, contenait un miroir probablement réglable en site (inclinaison). La rentabilité et la fragilité d'une telle solution n'a pas du convaincre le génie militaire d'en développer d'autres.

Le site est si grand qu'il n'était pas envisageable d'en faire le tour complet. Aussi, nous nous sommes limités à la visite de quelques éléments, dont une petite caponnière à l'architecture très soignée (un magnifique plafond en cul-de-four), une partie du parapet d'infanterie, et puis la partie centrale du fort, le réduit. Je vous épargne la description des habituels magasins à poudre, cuisine, locaux diverses…etc. Il faut cependant dire un mot sur le casernement. Les travaux de modernisation du fort vers 1890 ont conduit à recouvrir tout le casernement principal d'une impressionnante et  épaisse couche de béton spécial. Cette carapace ne vient cependant pas au contact de l'ancienne façade en pierre de taille. Si de l'extérieur l'aspect fait penser à une énorme portion de tuyau coudé partiellement apparent, de l'intérieur, on est saisi à la fois par les dimensions imposantes de la construction et par le contraste fort  entre d'un côté l'austérité lisse et blanche d'un crépi recouvrant le béton, et de l'autre, la beauté de la façade originelle, rythmée à l'étage, par une succession d'arcs surbaissés marquant l'extrémité de chaque voûte de chambrée et formant autant de baies à meneaux pour 3 fenêtres, tandis qu'au rez-de-chaussée, les arcs sont en plates-bandes.

Les ouvriers du béton devaient avoir si mauvaise conscience d'ensevelir un si magnifique travail d'art de leurs pairs, qu'ils ont pris soin de reproduire sur le parement extérieur de la carapace bétonnée, le motif d'appareillage de la pierre !

 

Jouant sur notre insatiable curiosité, Cédric a encore réussi à nous convaincre d'aller visiter une des citernes d'eau du fort. Pour cela, il a fallut charrier quelques morceaux de bois et les disposer judicieusement au fond d'une étroite galerie pour établir une échelle rudimentaire. L'accès se fait par un tout petit passage situé à plus de 2,50m de hauteur dans un mur vertical. Il faut s'y glisser à quatre pattes car la hauteur sous plafond ne permet pas de se tenir debout. Puis nous voici deux mètres plus loin, toujours accroupis, sur un chemin large d'à peine plus d'un mètre et de part et d'autre, c'est le vide sur plus de quatre mètres de hauteur ! Heureusement, il y a là une véritable échelle solide, qui une fois descendue, nous offre le spectacle attendu. Nous arrivons au fond d'une des deux citernes (l'autre n'est pas vide). Il faut imaginer un cylindre posé à l'horizontale, d'environ 5m de diamètre et bien 25m de longueur. La résonance y est épouvantable pour les oreilles mais l'expérience est très  insolite. Notez cependant que cette visite était faite avec toute la prudence requise car ce n'est pas sans danger ! N'oubliez pas non plus que ces sites sont des propriétés privées nécessitant toutes les autorisations pour y accéder.

 

Les journées courtes de l'automne nous rappelaient qu'il était déjà temps de retourner aux voitures. Voilà donc la fin d'un week-end encore passionnant, riche en découvertes dans ce pays toulois.

Merci à Julie et Cédric, ainsi qu'à tous ceux qui nous ont gentiment ouvert leurs portes.

 

Rendez-vous en 2019 pour de prochaines sorties avec Fortiff'Séré !

 

Éric Bardochan

 

26/12/2018

3 et 4 novembre 2018

Sortie Trouée de Charmes et Place forte de Toul

Le casernement de la batterie d’Uruffe © Éric BARDOCHAN

L’entrée de la batterie d’Uruffe © Éric BARDOCHAN

L’entrée du fort de Pagny © Éric BARDOCHAN

L’apéritif au fort de Pagny © Éric BARDOCHAN

Le repas au restaurant le samedi soir © Éric BARDOCHAN

La visite au fort Saint-Michel © Éric BARDOCHAN

La visite au fort Saint-Michel © Éric BARDOCHAN

Un des abri caverne du fort Saint Michel © Éric BARDOCHAN

Une cheminée et la caponnière double de gorge à la batterie d’Uruffe © Éric BARDOCHAN

Une caponnière double et la galerie sous la tourelle Mougin au fort de Pagny © Éric BARDOCHAN

Des graffitis laisser par les militaires pendant et juste après la Grande Guerre © Éric BARDOCHAN

Des graffitis laisser par les militaires pendant et juste après la Grande Guerre © Éric BARDOCHAN

Un des deux magasins aux cartouches © Éric BARDOCHAN

Montée à la tourelle Mougin du fort de Pagny. © Éric BARDOCHAN

Toul le samedi soir et l’entrepôt frigorifique du Saint Michel © Éric BARDOCHAN

Une des entrées du casernement du réduit du Saint-Michel © Éric BARDOCHAN

Le fossé de gorge du réduit du Saint-Michel © Éric BARDOCHAN

Le casernement du réduit du Saint-Michel © Éric BARDOCHAN